Vivre au mieux sa maladie grâce à son coiffeur

Châteauroux. Passer chez le coiffeur peut être une épreuve pour les patientes atteintes du cancer. D’où l’importance de sensibiliser les futurs professionnels.

 Très souvent, les coiffeurs sont les premiers professionnels, hors médical, à s'occuper de patientes atteintes du cancer. Que ce soit pour couper les cheveux afin d'anticiper la chute due à la chimiothérapie, ou pour fournir une perruque. Une fois les cheveux repoussés, les coiffeurs sont aussi très précieux quand il s'agit de retrouver une féminité mise entre parenthèses pendant la maladie.

Seulement, pousser la porte d'un salon de coiffure peut être une réelle épreuve pour les patientes. « Vous allez être amenés à accompagner des personnes à fleur de peau », a prévenu Dominique Pied, hier, au CFA de Châteauroux, devant une quinzaine d'apprentis coiffeurs. Elle parle en connaissance de cause, pour avoir combattu un cancer pendant deux ans. Aujourd'hui, avec son association, Espace Libellule, elle contribue à améliorer le bien-être des malades, quand soigner ne suffit pas. Et ce bien-être passe par un moment agréable chez le coiffeur.

Savoir trouver les mots

Ce que n'a pas vécu Patricia. Présente hier aussi au CFA, en compagnie de quatre autres anciennes patientes, elle a témoigné : « J'ai eu de la chance, car je n'ai pas eu de chimio. Mais, je ne prenais plus soin de moi. Quand, finalement, j'ai poussé à nouveau la porte d'un salon de coiffure, j'ai eu tout de suite envie de repartir. La coiffeuse a regardé mes cheveux et dit : " Qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire de ça ? " C'est sûr, je n'y retournerai pas ». 
Pendant une heure, Dominique a prodigué le plus de conseils possibles aux apprentis pour qu'ils ne reproduisent pas cette situation. « Parlez de façon claire, posée, chaleureuse. Faites preuve d'empathie, proposer toujours des solutions. Si une personne se met en colère, prenez du recul. Faites des pauses pour évacuer les tensions. » Car s'occuper d'une patiente peut aussi être très dur pour eux. « La coiffeuse qui m'a coupé les cheveux n'y était pas du tout préparée. Elle s'en souvient encore. Elle a été traumatisée. » 
Parmi les apprentis présents, Maëlys Collet témoigne : « La première fois que j'ai rasé la tête d'une patiente, j'avais 15 ans. C'était très dur. Je lui ai dit : vous pouvez pleurer, mais je veux que vous souriez en même temps ». Malgré son jeune âge, la coiffeuse a su trouver les mots. Depuis, elle apprécie de s'occuper des malades. « On les rend belles, on les remotive. » Son enthousiasme a même gagné sa mère et ses copines qui ont créé, l'an dernier, la manifestation L'Envolée rose, pour sensibiliser au dépistage du cancer du sein.

repères

Dominique Pied vient de lancer un compte participatif sur le site Ulule.fr, afin de créer une maison d'accueil de malades du cancer, à Méobecq, dans la Brenne. Elle y aménagera un lieu gratuit d'accueil et d'écoute, avec des ateliers bien-être, beauté, des activités sportives et de détente, une permanence téléphonique, des conférences, etc. Un beau projet. Il reste trente-huit jours pour y participer, à cette adresse : http://fr.ulule.com/bulle-de-bonheur/

- Élodie Corvée
  source : La Nouvelle Republique Indre